La metteuse en scène Julie Deliquet porte au théâtre La guerre n’a pas un visage de femme, texte de l’autrice et journaliste biélorusse Svetlana Alexievitch, première femme russophone à avoir reçu le Prix Nobel de littérature en 2015. L’ouvrage est issu de plus de sept années d’entretiens menés auprès de combattantes de la Seconde Guerre mondiale, dont la parole est longtemps restée invisibilisée.
Publié en 1985, le livre avait suscité une vive hostilité du pouvoir soviétique, qui l’avait jugé antipatriotique et assimilé à un acte de haute trahison. Le récit donne voix à d’anciennes combattantes réunies dans un appartement au printemps 1975, livrant leurs souvenirs à une jeune journaliste. Elles racontent la guerre, les combats, mais aussi leur jeunesse, les émotions et les détails du quotidien qui ont survécu aux traumatismes.
En juillet 2024, Julie Deliquet a rencontré Svetlana Alexievitch, aujourd’hui en exil à Berlin, menacée par le régime biélorusse. Cette adaptation scénique résonne avec les conflits contemporains, notamment la guerre en Ukraine, contre laquelle l’autrice a pris position.
À partir de ses enquêtes, Alexievitch fait œuvre de littérature documentaire, s’intéressant moins aux idéologies qu’aux sentiments, aux souvenirs intimes et aux gestes ordinaires. Le spectacle propose ainsi un récit choral rare, donnant à entendre une parole féminine sur un sujet longtemps raconté à travers un regard exclusivement masculin.



