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EXPIRATION

le 15 novembre à 23h59

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Au Nouveau Théâtre de Besançon, le vertige d’une image avec « Au bord »

Quand le choc visuel d’Abou Ghraib devient une intime trajectoire d’émancipation sur les planches du CDN

L’Histoire contemporaine s’imprime parfois sur nos rétines avec la violence d’une déflagration. En 2004, le scandale des sévices dans la prison irakienne d’Abou Ghraib éclatait au grand jour, cristallisé par un cliché insoutenable : une jeune soldate américaine y tenait au bout d’une laisse un homme nu, prostré au sol. Face à cette capture barbare du pouvoir et de l’abjection, le monde entier a détourné les yeux ou crié au scandale. L’autrice Claudine Galea, elle, a choisi de regarder l’abîme en face. Hantée par ce visage de femme devenue tortionnaire en treillis, elle en a tiré un texte fiévreux et tranchant, Au bord, couronné par le Grand Prix de littérature dramatique. Du 17 au 25 novembre 2026, cette onde de choc prend vie sur le plateau du Nouveau Théâtre de Besançon dans une création très attendue signée Juliette Mouteau.


image article Quizzer AuBord - Quizzer

Dépasser le fait divers pour sonder l’intime

Que fait une telle image à notre imaginaire ? Comment s’infiltre-t-elle dans nos failles les plus enfouies ? Plutôt que de livrer un réquisitoire documentaire ou une analyse géopolitique froide, le texte s’affranchit rapidement de la stricte actualité militaire. Il se déploie sous la forme d’un monologue à la première personne, où l’obsession pour la photographie devient le catalyseur d’une mémoire intime et sensorielle. Une image n’arrive jamais seule : elle en appelle d’autres, réveille des deuils enfouis, convoque des désirs inavouables et soulève les paradoxes de la domination et de la soumission.

Dans cette traversée d’une heure accessible dès 15 ans, Claudine Galea sculpte une langue hypnotique, presque incantatoire. Elle y parle de corps enfiévrés, de honte, d’amour viscéral et d’humiliation. Ce qui aurait pu n’être qu’un cri d’effroi face à la brutalité guerrière se métamorphose en une trajectoire d’émancipation inattendue. Regarder le monstre, l’apprivoiser par les mots pour mieux s’en défaire : le récit trace une brèche étroite mais lumineuse entre la sidération et la reconquête de soi.

La voix et l’épure face au vacarme

Pour porter cette confession sur scène, Juliette Mouteau fait le pari de la retenue et de la précision. Artiste associée au NTB et figure de la création régionale en Bourgogne-Franche-Comté avec sa compagnie, elle assure à la fois la mise en scène, la scénographie et les costumes. Son parti pris refuse tout sensationnalisme : l’espace se veut dépouillé, épuré, pensé pour faire taire le vacarme visuel et médiatique qui sature nos quotidiens. Pas d’artifice racoleur ni d’écran voyeuriste, mais un vide habité où seul le verbe compte.

Sur le plateau, c’est la comédienne Clotilde Ramondou qui endosse la lourde responsabilité d’incarner cette parole funambule. Dans ce face-à-face sans filet avec le public, chaque inflexion de voix devient une prise de risque. L’actrice navigue à vue sur cette frontière poreuse entre fascination et rejet, guidée par une partition sonore millimétrée conçue par Étienne Racary et les lumières d’Elias Farkli, qui signe également la régie générale. Assistée par Juliette Jeanmougin, l’équipe bâtit un écrin sensible où la vibration acoustique et les contrastes visuels accompagnent la montée de la tension dramatique.

L’atelier bisontin au cœur de la fabrique théâtrale

Ce spectacle porte haut les couleurs d’un théâtre public ancré dans son territoire. Conçue en résidence et coproduite par le CDN bisontin et la compagnie Au Bord, la pièce a mobilisé les savoir-faire locaux : le décor a été entièrement façonné au sein des ateliers de construction du NTB. C’est l’essence même d’un centre dramatique national qui s’exprime ici, offrant le temps long de la recherche, l’espace technique et la liberté nécessaires pour s’emparer de textes contemporains majeurs.

En programmant Au bord, le CDN de Besançon ne propose pas une simple soirée de divertissement, mais une véritable expérience de décantation du regard. À l’heure où les flux d’images violentes défilent sans filtre sur nos écrans en quelques fractions de seconde, le geste de Juliette Mouteau et Clotilde Ramondou agit comme un précieux antidote. Une heure dense et suspendue pour réapprendre à écouter ce que les images font à nos âmes, et comment, au bord du gouffre, l’art peut encore nous aider à tenir debout.

Informations pratiques

  • Spectacle : Au bord

  • Texte : Claudine Galea

  • Mise en scène : Juliette Mouteau

  • Jeu : Clotilde Ramondou

  • Lieu : Nouveau Théâtre Besançon (NTB), 2 avenue Édouard Droz (Jardins du Casino), 25000 Besançon

  • Dates : Du 17 au 25 novembre 2026

  • Durée : 1h

  • Public : Dès 15 ans

  • Placement : Libre en salle

  • Tarifs : De 5 € à 20 € (25 € avec l’option navette)

  • Renseignements et réservations :

    • Téléphone : 03 81 88 55 11 (du lundi au vendredi de 14h à 18h)

    • Courriel : accueil@ntbesancon.fr

    • Guichet : Ouvert du lundi au vendredi de 14h à 18h et 1h avant la représentation

    • Accueil et buvette : Ouverts 1h avant et après le spectacle

    • Chiens d’assistance bienvenus en salle

Le quizz